Le village
Au temps de l’occupation romaine, pendant les premiers siècles de notre ère, Chahaignes s’appelait Cahania, nom dérivé du latin catanus qui désignait le genévrier. Cahania désignait un lieu planté de genévriers.
Le bourg du village a été en grande partie détruit au XVIIIe siècle lors du grand incendie de 1705. La reconstruction qui s’en est suivie a permis d’avoir une unité dans l’architecture et l’ordonnancement des maisons. Chahaignes doit sa reconstruction à la vigne et au bois. Au gré d’une balade, on peut apercevoir des maisons en tuffeau, avec des solives et corniches décorées, un lavoir…
Chahaignes est également connu pour ses vins. L’appellation “Côteau du Loir” a été classée A.O.C. en 1948.
L’église
L’église de Chahaignes est dédiée à Saint-Jean-Baptiste. Elle fut reconstruite au XVIIIe siècle, après l’incendie qui a ravagé le village. Cette église conserve un retable en terre cuite (postérieur à l’incendie), classé Monument Historique le 18 juillet 1908, sous la rubrique: “Haut relief du XVIIIe siècle”, représente le baptême du Christ avec une étude très soignée de nus et une juste notation des mouvements et des drapés. C’est l’un des plus beaux retables en terre cuite de cette période, parmi des centaines qui subsistent dans les églises sarthoises, tous vraisemblablement façonnés par des artisans du Maine.
Cette iconographie religieuse est fidèle mais a été transformée, selon la sensibilité et les influences subies. Le retable majeur est couronné d’une corniche ornée de denticules et feuillages sculptés, épousant en sa partie centrale la forme d’un arc en plein cintre qui s’avance pour reposer sur deux colonnes de faux marbre noir à chapiteaux corinthiens. La conception de cette corniche confirme l’ordonnancement de l’ensemble.
Les parties latérales comportent une niche qui abrite à gauche la statue de Saint Pierre, à droite celle de Saint André et de la décoration relativement modeste.
La partie centrale est tout en avancée au-dessus de l’autel pour mieux mettre en valeur la somptuosité du tableau environné d’une riche décoration. L’ordonnancement est souligné par quatre colonnes plates en faux marbre beige rosé avec une face de chapiteau similaire à ceux des colonnes. Ainsi, le haut relief du baptême du Christ accapare pleinement le regard qui va du Christ incliné sous la main de Jean-Baptiste au prochain baptisé presque nu à gauche, levant le bras dextre en signe d’imploration et au second disciple qui se déshabille tandis que plus loin, deux autres semblent désigner l’apparition qui domine cette scène : Dieu le Père se révélant dans un nuage au milieu des anges et dans un jaillissement de rayons dont certains atteignent la tête du Christ vers laquelle semble descendre une colombe, symbole de l’Esprit Saint. Au-dessus de ce tableau, dans une sorte de couronne dorée de fleurs, de rayons et d’angelots, se détache sur fond bleu, un triangle portant quatre lettres d’hébreu signifiant “Yahvé”, “Je suis celui qui est”.
Une collecte est actuellement en cours auprès de la Fondation du Patrimoine pour la restauration des deux croix sommitales et celle du beffroi.
https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/eglise-saint-jean-baptiste-de-chahaignes/88448
Le cimetière
Deux tombes ouvragées témoignent de la sculpture mortuaire en pierre calcaire, en usage au XIXesiècle. Il s’agit des tombes des abbés Dubois et Loriot.
Dans le cimetière, se dresse une croix hosannière. Elle est constituée d’une colonne monolithique en calcaire dur, terminée par une croix en tuffeau.
Une croix hosannière est une croix munie à hauteur d’homme d’une table en pierre sur laquelle on déposait du buis le jour des Rameaux en chantant Hosanna (de l’hébreu hoschana: “sauve-nous de grâce”).
Le château de Bénéhard
Construit au XVIe siècle, agrandi au XVIIe siècle, le château de Bénéhard fut bâti sur le site d’une ancienne forteresse défendant l’entrée de la vallée de la Veuve et abandonné à l’issu de la Guerre de 100 ans. Cette forteresse était le type peu fréquent de château bâti sur un site stratégique favorable mais loin du village, ce qui amenait ainsi le seigneur à disséminer à travers son domaine les marques de son autorité. Les lieux-dits à proximité directe du château en sont une parfaite illustration: le Pot ou le Poteau (portant les armes du seigneur), le Patis-Gibault (où s’érigeait le gibet), le Présidial (où se tenait la cour de justice), la Prouterie, déformation de Prévôterie (habitation du Prévôt, chargé de prélever les redevances et les droits). C’est en 1827 que la famille de La Boussinière est devenue propriétaire du château.
Arrivée au château
Le château actuel, avec ses dépendances, surplombe la route départementale de ses murs. Sa longue façade claire s’aperçoit entre les taillis, même depuis le flanc opposé de la vallée. On pénètre par un grand portail avec une entrée charretière et une petite porte ornée de clous ferrés et d’un marteau en fer forgé. On remonte vers la cour intérieure et les communs par une allée entre deux rangées de tilleuls.
La cour
La grande allée débouche sur la cour intérieure, bordée au Nord par des communs datant de la fin du XVe siècle. La toiture a été détruite en 1971 par un incendie mais la charpente a été refaite dans sa forme et sa structure primitive par deux artisans locaux, maîtres charpentiers, Compagnons du devoir. Ces communs présentent sur leur façade Sud quatre œil-de-bœufs moulurés. De l’autre côté de la cour, la falaise est masquée par un très haut mur avec les entrées de plusieurs caves creusées dans le tuffeau turonien. C’est dans l’une de ces caves que se trouvent les cuves qui servaient à faire la buée*.
*Le coulage de la lessive ou “faire la buée”
Deux fois par an avait lieu la buée dans l’une des caves du château et dont l’installation est encore visible aujourd’hui. Il s’agit de deux cuviers de pierre, montés sur deux socles équipés chacun d’une marche du côté opposé du feu. L’ensemble a été creusé directement dans la roche.
Chaque cuvier est percé dans sa partie basse d’un orifice dans lequel passait une goulotte de cuivre ou de plomb. Les deux goulottes convergent vers un chaudron posé sur un trépied au centre de l’âtre.
Dans le fond du cuvier, on dispose une brassée de petites branches de noisetier. Ensuite dans un grand drap spécialement tissé lâche en chanvre, on dépose de la cendre de bois tamisé (carbonate de potasse).
Le linge est déposé. Dans le chaudron central est mis à bouillir de l’eau. Cette eau bouillante est versée sur le linge dans le cuvier à l’aide d’un pucheu (vide buée ou puisette). le coulage va durer 3 heures. Pendant qu’une femme coule la lessive, une autre, montée sur le socle, brasse à l’aide d’un bâton ou d’une pince spéciale (la pince à linge).
Le pressoir
Rare dans notre région, plus habituée aux pressoirs à vis, le pressoir est installé dans une grande cave aérée. De type “romain” datant probablement du XVe siècle, c’est un “monument” long de 8 m, haut de plus de 3 m et large de 3,70 m et en état de marche depuis sa restauration. Il a été entièrement fabriqué en bois de chêne. Il a dû servir de pressoir banal sous l’Ancien Régime, puis de pressoir à vin jusqu’au début du XXe siècle, comme l’attestent les inscriptions sur les parois de la cave. C’est un pressoir à vis latérale. Son mode de fonctionnement rappelle celui du casse-noix.
Le château
La façade Ouest du château est sans décoration. Seule la façade Est du château est décorée et forme un ensemble du XVIe siècle. Elle est coupée au centre par une tour à trois pans et vers les extrémités Nord et Sud par deux tours rondes au XVe siècle. Elle est prolongée au-delà de ces deux tours par des ailerons du XVIIe siècle. Le château comporte un rez-de-chaussée sur soubassement important, un premier étage, des combles et présente de hautes lucarnes avec fronton et meneaux en saillie du toit. L’ensemble des lucarnes monumentales a été restauré avec le concours de la Direction du patrimoine. Les sculptures ont été reconstituées d’après ce qu’il restait des originaux : l’effigie Nord serait celle de Jupiter Amon (divinité de l’Égypte Ptolémaïque).
Lors de la construction au XVIe siècle, l’ensemble des fenêtres comportait des meneaux selon la mode de l’époque. Lors de la réfection du XVIIe siècle, les fenêtres ont été retaillées au premier étage et au rez-de-chaussée et les appuis des fenêtres surbaissés d’une façon plus importante au niveau inférieur qu’au niveau supérieur. On voit la trace de ces transformations sur la fenêtre du bas à proximité de la tour Sud. Le contrefort de la tour Nord pourrait avoir abrité un four à pain. La tour centrale est desservie par un perron atteignant la porte du bas ; celle-ci montre un encadrement Renaissance avec un linteau entouré de deux motifs du XVIe siècle.
Les jardins
Aux pieds de la façade Est s’étend un ensemble de trois niveaux séparés par un mur de soutènement. On accède au deuxième niveau par un escalier à double révolution récemment restauré. Au niveau le plus bas se trouvaient des jardins à la française. Sur ce même niveau ont été érigés trois porches moulurés d’époque Louis XIII. Le porche Sud donne accès aux ruines d’un colombier où l’on voit encore des niches en pierre. La façade de ce porche est nue côté extérieur mais ornée de grosses moulures côté jardins. Les emplacements des jardins à la française, l’intérieur du château, le pavillon à cinq niveaux et le prolongement du château au Nord et au Sud ont été construits en 1640-1642. De l’autre côté de la route, en contrebas de la maison, se trouvent l’ancien moulin de Bénéhard construit sur un bras de la Veuve et le lavoir.
La chapelle
Elle était située en dehors du château au lieu-dit actuellement connu sous le nom de la Madeleine. En 1794, la chapelle et son domaine furent vendus comme biens nationaux pour 130-150 livres à Jean-Jacques Hardyau, notaire à Chahaignes. Elle fut ensuite transformée en lieu d’habitation.
Le château de la Jaille
Immédiatement au nord du bourg, presque contre le coteau, le manoir intimiste de la Jaille fait une jolie tâche blanche entourée de verdure. Ce château aurait été élevé à l’époque de Catherine de Médicis. Grand massif de pierre, bien proportionné qui s’ouvre au midi par une porte encadrée de deux fenêtres tandis que cinq hautes fenêtres éclairent le premier étage ; une petite couche à modillons soutient le haut toit à quatre pentes où s’ouvre une lucarne à fronton en triangle et deux mansardes.
Lors des travaux de la terre, une fabrique gallo-romaine de biberons en terre cuite fut mise à jour et l’on prétend qu’un souterrain partirait de dessous l’escalier pour gagner Bénéhard.
Le parc de la Jaille, de type méditerranéen, fut créé vers 1920 par l’égyptologue Paul Maillon. Il est accessible début juin lors des Journées des jardins.
Chahaignes, le village aux 404 caves
Chahaignes possède de nombreuses caves souvent groupées en “caviers” pittoresques qui excitent l’intérêt du promeneur, mais parfois humblement blotties dans un recoin de coteau et dissimulées par la verdure. Pourquoi cette particularité, que l’on retrouve d’ailleurs dans d’autres villages de la vallée du Loir et de la Loire ? Bien sûr, en premier lieu, à cause de l’existence d’un sous-sol de tuffeau dans les coteaux bordant les vallées, coteaux parfois coupés en falaises abruptes.
Ce tuffeau, l’homme a su très vite en tirer parti et y a creusé des carrières pour en extraire la pierre qu’il a taillé et même sculpté avec art afin de bâtir des châteaux, maisons et constructions diverses.
Les caves sont généralement larges et profondes. La largeur est déterminée par la possibilité de faire demi-tour avec un cheval et un tombereau et par le souci de faciliter le travail. La hauteur dépend de la qualité du roc, vue sous l’angle de la sécurité. La profondeur se trouve limitée soit par l’existence d’une autre cave sur le trajet, soit parce que la qualité du roc décroît ou qu’il se présente une fissure d’argile ou de marne dangereuse. Le plafond revêt la forme de voûte pour augmenter sa sécurité. Il n’est horizontal que lorsque la roche est d’excellente qualité. Enfin, il y a ce que l’on nomme des “trous” aux dimensions très réduites. Souvent, l’emplacement en fut donné à des ouvriers ou à des jeunes afin qu’ils s’y creusent une petite cave tout en tirant profit de la pierre qu’ils extrayaient.
La forêt de Bercé
La forêt de Bercé est l’une des plus belles forêts de France. La plus importante de la région des Pays de la Loire. Elle se couvre de chênes rouvres et autres essences d’arbres. Elle est idéale pour les promeneurs avides de rencontrer nature, faune et flore. À consommer sans modération.
Son histoire
La forêt de Bercé est l’un des restes de l’immense massif boisé qui s’étendait au bord de la Loire et que les Romains appelaient “Forêt des carnutes“. D’abord forêt seigneuriale, elle est, au Moyen-Âge, marquée par des défrichements. Elle devient forêt royale une première fois en 1337 et définitivement à la fin du XVIe siècle. Elle fut donc très tôt placée sous le contrôle d’une administration forestière qui défendait la “propriété” du Roi et la mettait en valeur.
En 1669, la Grande Ordonnance de Colbert confirme cet objectif. Les grandes forêts royales étaient destinées à fournir les bois nécessaires à la création d’une marine puissante. Les bois de marine sont conduits jusqu’au Loir, à La Pointe (Chahaignes) et à Coëmont, d’où on les fait flotter jusqu’à Nantes.
À la Révolution, elle devient forêt nationale.
Elle est désormais gérée par l’Office national des forêts.